M’endormir dans le bain : un beau problème
- Lili Marchand

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Au moins cinq soirs par semaine, je m'endors dans le bain en dix minutes. Ce n'est pas de la fatigue : le bain chaud est le seul moment de ma journée où mes douleurs de sclérose en plaques se taisent complètement. Quand mon corps arrête de se plaindre, le sommeil arrive tout seul, sans que j'aie rien à faire.
Il y a des gens qui passent leur soirée à essayer de s'endormir. Qui comptent les moutons, qui font des exercices de respiration, qui se retournent quinze fois en maudissant le matelas.
Moi, mon problème est l'inverse.
La douleur, ce colocataire qui ne paie jamais son loyer
Je ne suis pas une spécialiste du sommeil. Je suis juste une femme qui vit avec la sclérose en plaques depuis 2017.
Avec la SP, la douleur, c'est un colocataire qui ne paie jamais son loyer. Elle est là le matin quand j'ouvre les yeux. Elle est là le soir. Elle commente même la façon dont je m'assois. Et comme tous les mauvais colocs, elle a le don de parler fort exactement quand j'ai besoin de silence.
Sauf dans le bain. Là, elle sort. Je ne sais pas où elle va, mais elle sort.
Le bain n'est pas un truc pour dormir, c'est un truc pour avoir mal nulle part
Pendant des années, j'ai cherché LE truc pour dormir. Des tisanes, des routines, des applications qui font le bruit de la pluie en Amazonie. J'ai tout essayé, comme tout le monde.
Ce que j'ai fini par comprendre, c'est que je ne cherchais pas au bon endroit. Mon problème n'a jamais été le sommeil. Mon problème, c'est que mon corps ne se tait jamais. Le jour où il se tait, je m'endors toute seule, sans effort, sans technique.
Le sommeil vient après, tout seul, comme un bonus.

Petite mise au point avant que tu remplisses ta baignoire
Il faut que je le dise, parce que c'est important : ce qui marche pour moi ne marche pas pour la majorité des gens qui vivent avec la SP.
Entre 60 et 80 % des personnes atteintes de sclérose en plaques voient leurs symptômes empirer avec la chaleur. Ça porte même un nom, le phénomène d'Uhthoff. Dans les années 1950, on faisait passer un test aux gens qu'on soupçonnait d'avoir la SP : on les mettait dans un bain chaud et on regardait si leurs symptômes se dégradaient. C'est dire.
Moi, je suis dans l'autre groupe. Environ 15 % des personnes avec la SP réagissent plutôt mal au froid, et j'ai l'impression d'être quelque part par là. La chaleur me calme au lieu de m'assommer.
Alors si tu vis avec la SP et que tu lis ça en te disant « je vais essayer », vas-y doucement. Ton corps ne réagira peut-être pas comme le mien.
Ma routine de bain du soir, sans filtre
L'eau chaude en premier, toujours. Une bonne poignée de sel d'Epsom — assez pour faire lever un sourcil à mon plombier. Quelques gouttes d'huiles essentielles, camomille et lavande, ajoutées une fois le bain rempli.
Mes capsules de progestérone. Mon cannabis du soir.
Et de la musique en fréquences en fond, 528 Hz ou 432 Hz selon la soirée. Je n'ai aucune théorie à te vendre là-dessus, je te dis juste que quand ça joue, je décroche plus vite.
Je m'installe. Je ferme les yeux. Le colocataire arrête de parler.
Et mon prochain souvenir clair, c'est l'eau qui a refroidi et mon cerveau qui me dit : « Bon. Maintenant va finir ça dans un vrai lit. »
Mon beau problème
Dix minutes de paix par jour. C'est le seul moment de ma journée où je n'ai mal nulle part, et je m'endors dedans à peu près chaque fois.
Il y a des problèmes pires que celui-là.
Toi, c'est où, ta place où ton corps arrête de parler?


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